©Jean-Philippe Cointet
[COMMUNAUTÉ] Jean-Philippe Cointet, chercheur et professeur
Omettre le Learning Planet Institute serait oublier un élément du parcours brillant de Jean-Philippe, qui a fait partie de l’une des toutes premières promotions du master AIV (Approches Interdisciplinaires du Vivant).
17 10 2022
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MÊLER LES DISCIPLINES, ANALYSER LES PHÉNOMÈNES SOCIAUX

Jean-Philippe Cointet est professeur associé à Sciences Po. Il imagine des méthodes de modélisation des traces numériques afin de cartographier l’espace public et ses dynamiques. Il a fait partie de l’une des premières promotions du master AIRE-LiSc (Life Sciences) au  Learning Planet Institute (anciennement CRI). Rencontre.


Jean-Philippe Cointet est ingénieur et chercheur. Titulaire d’un doctorat en systèmes complexes, il a été formé à l’École Polytechnique. Aujourd’hui professeur associé à Sciences Po, et affilié au centre de recherche INCITE de l’Université de Columbia aux États-Unis, il a défendu son habilitation en sciences sociales à l’École Normale Supérieure (ENS) en 2017.

Omettre le Learning Planet Institute serait oublier un élément du parcours brillant de Jean-Philippe, qui a fait partie la toute première promotions du master AIV (Approches Interdisciplinaires du Vivant). « Nous avions une réunion hebdomadaire, et des présentations d’étudiant·e·s toute l’année », raconte Jean-Philippe. « Tout était de bric et de broc, un peu improvisé. On était dans un couloir de la cantine l’ENS ! », sourit-il. Cela n’altère pour autant pas la qualité des enseignements et des expériences que font les étudiant·e·s, très autonomes. « On nous disait : fabriquez votre parcours, débrouillez-vous ! ». Le master, dépourvu d’enseignements magistraux, met en avant l’esprit critique et l’esprit d’entreprise. « Nous pouvions choisir n’importe quel labo, n’importe quel article sur lequel travailler ». Les articles scientifiques étaient ainsi passés au crible : les étudiant·e·s déconstruisaient le protocole pour trouver d’éventuelles failles, et y remédier. « Nous faisions aussi la même chose à l’échelle de livres ».

Dans ce programme d’une vingtaine de personnes, Jean-Philippe est impressionné par le niveau global. « Tou·t·e·s mes camarades étaient très brillant·e·s : biologistes, mathématicien·ne·s, physicien·ne·s, certain·e·s venaient de l’ENS, étaient en thèse, d’autres venaient de l’étranger… » dit humblement le seul étudiant qui venait de Polytechnique. « Nous étions un groupe sympa et marrant », renchérit Jean-Philippe, qui fait à la fois allusion à ses camarades et aux enseignant·e·s. « Au sein de l’équipe pédagogique, il y avait un physicien rigolo, Stéphane Douady, qui nous parlait de physique des grains de sable et de morphogenèse des choux, Pierre Sonigo, docteur en biologie et en médecine, qui nous contait l’épigénétique, et les fondateurs du CRI Ariel Lindner et François Taddei, dont le parcours était très similaire au mien ».

Jean-Philippe va voir François Taddei pour lui parler de son projet de thèse, et lui expliquer à quel point il a besoin de le mûrir.

« De manière générale, il y avait une vraie générosité avec la jeunesse au sein du master. Ce n’était pas « vous les jeunes, vous ne savez rien », c’était tout le contraire ! Les gens étaient intéressés par l’expérience pédagogique au sens fort du terme. »

Jean-Philippe profite de ses trois stages de master pour explorer des milieux différents : le premier dans l’informatique des réseaux, le deuxième en neurosciences (en psychologie expérimentale) et le troisième, en modélisation des réseaux sociaux, au CRÉA (Centre de recherche en épistémologie appliquée de l’École Polytechnique). « J’ai appris mes gammes au CRÉA, je m’y suis acculturé. C’est un travail de longue distance », explique le chercheur.

C’est en effet au CRÉA de l’École Polytechnique que Jean-Philippe Cointet fait sa thèse, en lien avec l’Institut des Systèmes Complexes.

« Il y avait majoritairement des physicien·ne·s et des mathématicien·ne·s, qui souhaitaient acquérir une formation complémentaire par la recherche ». Jean-Philippe déjà familier avec le monde de la recherche, et est particulièrement stimulé par le CRÉA : « C’est un laboratoire incroyable. Un club de philosophes, de mathématicien·ne·s, de chercheur·se·s et d’intellos, très lié à l’histoire des sciences cognitives ». Avec Paul Bourgine et Pierre-Benoit Joly comme directeurs de thèse, Jean-Philippe associe la science des réseaux et les sujets controversés qui agitent le monde de l’agriculture à l’époque, comme les OGM (organismes génétiquement modifiés) et les nanotechnologies. Il analyse des blogs politiques (« le Twitter de l’époque, on est en 2004 et donc loin de Cambridge Analytica ! »), les réseaux, et le traitement automatique de la langue. Il fait de cette cartographie des traces textuelles une méthodologie d’enquête en sciences sociales.

L’INRAE lui ouvre un poste d’ingénieur de recherche au sein d’INRA-SenS (maintenant LISIS) qui lui offre une grande liberté pour développer des méthodes innovantes en sciences sociales computationnelles. « Cela permet de répondre à de vraies questions en sciences sociales ». Par exemple, Jean-Philippe étudie des objets d’actualité, des phénomènes sociaux et politiques et peut ainsi analyser des dynamiques socio-politiques plus globales.

« Le plus intéressant, ce sont les réseaux et les blogs. Nous travaillons sur des phénomènes sociaux en partant de la manière dont les individus communiquent, du texte qu’il y a derrière, des actes d’énonciation», explique-t-il.

Dans le travail de Jean-Philippe, il y a coévolution des structures d’interactions entre les individus et des interactions entre les individus eux-mêmes. « Même si nous sommes derrière un ordinateur, nous interagissons avec les gens. »

Avec des sociologues et d’autres modélisateurs, Jean-Philippe Cointet a développé la plateforme CorTexT. « C’est une plateforme qui mobilise l’intelligence artificielle pour l’analyse de textes en sciences sociales. Nous avons fait collaborer des informaticien·ne·s en sciences sociales mais aussi des anthropologues et des sociologues. C’était riche de voir le croisement de connaissances et de compétences, et leur complémentarité. » Aujourd’hui, la plateforme de collectes de données compte environ 5000 utilisateur·rice·s. Il est ainsi possible de partir d’un corpus de tweets et d’en extraire des textes pour faire une analyse de sentiments.

« Nous avons par exemple étudié les communes du Nord-Pas-de-Calais, en extrayant les commentaires des personnes qui s’exprimaient sur leur maire. Cela nous a permis de caractériser les modes de participation, et de voir les thématiques plus ou moins présentes à l’échelle des agglomérations. »

Aujourd’hui, les domaines de recherche de Jean-Philippe sont nombreux : analyse des réseaux sociaux (comme Facebook ou Twitter), scientométrie (la dynamique de production de connaissances en partant de données telles qu’elles sont produites par la science (comme le retour des données en oncologie)), cartographie des processus politiques (discours politiques, négociations internationales, ce qu’il fait notamment avec ses étudiants à la Paris School of International Affairs (PSIA)).

Aujourd’hui professeur à son tour, Jean-Philippe retiendra de son master AIV les principes forts d’horizontalité et de pratique par la recherche, qu’il déploie avec ses étudiant·e·s. « Cette expérience a été très structurante pour moi », conclut-il.


Un portrait de Marie OLLIVIER

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