Par François Taddei, cofondateur et président du Learning Planet Institute
Les mouvements lycéens posent un défi éducatif et démocratique. Celui de faire basculer la capacité d’interruption des jeunes vers une capacité de proposition et de transformation.
Quelques pistes pour y parvenir.
Depuis la mi-septembre, le mouvement de blocage d’un lycée de Créteil a gagné de nombreux établissements. Manque d’enseignants, classes surchargées, bâtiments dégradés, emplois du temps épuisants, angoisse liée à Parcoursup… Derrière ces revendications de la jeunesse affleurent des questions que notre société ne peut esquiver : « À quel avenir l’école nous prépare-t-elle ? Est-ce celui dont nous avons envie ? Quelle place avons-nous pour le construire ? »
Nous pouvons condamner sans ambiguïté les violences qui ont accompagné certains blocages sans nous dispenser d’appuyer la demande de réponses concrètes en moyens et en conditions d’apprentissage, ni d’entendre ce cri du cœur. Car il nous dit quelque chose d’essentiel : une éducation qui forme ne suffit plus. La jeunesse mérite une éducation qui (se) transforme en réponse aux défis et aux enjeux planétaires.
Une éducation qui transforme le monde. Cela ne signifie pas renoncer aux fondamentaux. Lire, écrire, compter et raisonner restent les conditions premières de l’émancipation et nous devons mobiliser les méthodes dont la recherche a montré l’efficacité. Mais nous devons aussi nous demander : apprendre, certes, mais pour quoi ?
À l’ère des crises multiples, il ne s’agit plus seulement de former les meilleurs apprenants DU monde, mais les meilleurs POUR le monde.
C’est dans cet esprit que le Learning Planet Institute a lancé en janvier 2026 la Learning Planet Academy, pour permettre aux jeunes d’apprendre à prendre soin de soi, des autres et de la planète en travaillant collectivement sur des défis concrets, grâce à des apprentissages qui fonctionnent et l’acquisition de compétences toujours plus nécessaires : celles du XXIe siècle.
De la même manière que la colère est contagieuse, apprendre en expérimentant, en collaborant et en donnant du sens ne demande qu’à se propager à l’ensemble de la sphère éducative. Aussi pourquoi ne pas créer des « classes à horaire aménagé défi », comme il en existe pour les arts ou les sports ? Face à une canicule, des élèves pourraient mesurer les îlots de chaleur de leur quartier, rencontrer les habitants vulnérables, confronter leurs observations aux connaissances scientifiques et imaginer des solutions avec des acteurs locaux.
Apprendre à transformer le monde, c’est aussi tenir compte de ceux qui l’habiteront après nous. Installons une « chaise du futur » dans les conseils d’établissements, pour que les conséquences de nos décisions sur les générations à venir soient examinées et discutées.
Une éducation qui transforme les personnes. Anticiper les besoins des plus jeunes est d’autant plus essentiel que grandir aujourd’hui signifie aussi vivre avec de nouvelles vulnérabilités : éco-anxiété, souffrance psychique, pression scolaire et sociale, incertitude sur l’avenir… Dans ce contexte, la prévention peut elle-même devenir un terrain d’apprentissage. Aussi, mobilisons la recherche participative avec et pour les jeunes pour construire avec eux des solutions qui les concernent en premier lieu et leurs permettent d’apprendre à relever défis personnels, locaux et globaux.
Une éducation qui se transforme elle-même. Mais comment demander aux jeunes de transformer le monde si notre système éducatif échoue lui-même à se transformer ?
Nous réformons beaucoup l’école. Nous devons aussi apprendre à la faire apprendre. Cela suppose de passer du contrôle à la confiance et de reconnaître un droit à l’expérimentation. Bannissons le « ça ne s’est jamais fait ». Une école apprenante doit savoir expérimenter, reconnaître ses erreurs et faire circuler les connaissances produites. Cela suppose enfin de transformer l’éducation avec les premiers concernés. Nous demandons aux jeunes de choisir leurs spécialités, leur orientation et leurs études tout en leur donnant peu de prise sur leurs apprentissages. Associons-les à la gouvernance des établissements, à la conception des formations et aux décisions qui les concernent.
Les mouvements lycéens nous invitent à entendre plus que leurs cris de détresse. Ils sont l’occasion de développer les forces de proposition et de transformation de notre jeunesse. La confiance dans l’avenir se construit aussi à l’école, lorsque les jeunes découvrent que l’éducation à la vocation autant que le pouvoir de transformer le réel.