Bâtisseurs de Possibles – L’aventure en coéducation de Ramona Coupel Dulgheru avec ses élèves et leurs parents
  Ramona Coupel Dulgheru, enseignante en primaire en Île de France, et déléguée du réseau Bâtisseurs de Possibles nous raconte l’aventure qu’elle a vécu, cette année dans sa classe, en étroite collaboration avec les parents d’élèves. Engagée dans une démarche de coéducation avec les parents depuis plus de quatre ans, elle nous livre son témoignage […]
04 11 2026
Bâtisseurs de Possibles – L’aventure en coéducation de Ramona Coupel Dulgheru avec ses élèves et leurs parents

 

Ramona Coupel Dulgheru, enseignante en primaire en Île de France, et déléguée du réseau Bâtisseurs de Possibles nous raconte l’aventure qu’elle a vécu, cette année dans sa classe, en étroite collaboration avec les parents d’élèves. Engagée dans une démarche de coéducation avec les parents depuis plus de quatre ans, elle nous livre son témoignage sur les manières de créer de la cohésion et un sentiment d’appartenance à l’école à travers à la méthode Bâtisseurs de Possibles. 

 

Bâtisseurs de Possibles – Ecole Emilie Brandt ©MorganAmsellem

 

Bonjour Ramona, merci de nous accorder cet entretien. Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?

 

Je suis Ramona Coupel Dulgheru, enseignante à l’école Nouvelle Emilie Brandt à Levallois, école à pédagogie de projet et d’inspiration montessorienne. J’y enseigne depuis 18 ans.

 

 

Ton école s’engage pour favoriser l’implication de ses élèves dans la vie de l’école. Comment fais-tu en sorte que les enfants y participent ?

 

Je le fais de deux manières.

Depuis que j’enseigne, je coordonne le Rendez-vous des délégués qui a lieu toutes les deux semaines. Les sujets qui y sont traités sont nombreux et concernent l’amélioration des espaces partagés dans l’école : la cour de récréation, le local de jeux, la terrasse, etc.

Ensuite, j’anime une deuxième instance qui est le Gouvernement des élèves. C’est une instance qui a pour objectif d’améliorer l’école et de proposer des projets fédérateurs à toutes les classes. Cela peut se traduire par des projets solidaires, des projets reliés à l’écologie, ou encore des ventes de gâteaux pour acheter du matériel pour l’école ou pour faire des dons à des associations.

 

 

Et comment les parents d’élèves sont-ils impliqués ?

 

Personnellement, je travaille en coéducation avec les parents depuis quatre ans. J’ai commencé cette démarche parce que je trouvais que les parents étaient un peu perdus dans tout l’accompagnement, dans tout ce qui concerne le suivi école-maison des enfants. Ensuite, au niveau de la communication, elle se faisait via un cahier, mais je sentais qu’il y avait un réel besoin de transparence, que les familles avaient besoin d’être rassurées et d’avoir un interlocuteur pour poser leurs questions.

Comme je travaille avec la démarche Bâtisseurs de Possibles depuis plusieurs années, je me suis dit que cela pourrait être intéressant de commencer à travailler avec ce dispositif avec les parents d’élèves pour mieux connaître leurs priorités, et les principales problématiques qu’ils rencontrent. J’ai donc mené des ateliers coopératifs pour faire émerger les problématiques et trouver des solutions. L’objectif était aussi d’apporter de la transparence aux parents, en mutualisant différents aspects propres à la coéducation : le suivi école-maison, la communication, les valeurs partagées dans l’éducation des enfants et le développement des compétences psychosociales des élèves.

 

 

Et à quoi sert la coéducation selon toi ?

 

La finalité c’est d’améliorer la scolarité de l’enfant pour qu’il se sente bien accompagné, dans un cadre sécurisant, au niveau individuel et collectif. Cette démarche a un impact non négligeable sur les groupes d’élèves et leurs interactions mais aussi sur les parents. Cela permet aux parents de se rencontrer et de travailler sur une problématique collective, qu’ils rencontrent aussi chacun individuellement. C’est rassurant de normaliser les difficultés que chacun et chacune rencontre dans l’éducation !

La coéducation a eu un impact mesurable sur l’ambiance et le fonctionnement du groupe de parents et d’élèves, entre le début et la fin de l’année.

 

 

Aurais-tu des exemples de projets de co-éducation que tu as menés ?

 

Avec un groupe de parents, nous avons élaboré une “mallette des parents”, qui visait à résoudre leurs incompréhensions sur les attendus en CP, les méthodes pour travailler les dictées, des programmes ou encore des évaluations par exemple. Cette mallette existe encore et se transmet d’année en année aux parents.

Cette année, en menant la démarche Bâtisseurs de Possibles, la problématique qui a émergé du groupe de parents a été le développement des compétences psychosociales et de la confiance en soi. Lors de la recherche de solutions, un cadre est posé : la solution choisie doit être engageante pour tous les acteurs mutuellement. Le “vous” et “moi” devient un “nous”, “vous” en tant que parents et “moi” en tant qu’enseignante, nous formons un groupe, un collectif.


Plusieurs solutions ont alors émergé :

  • la mise en place d’une “semaine de la confiance en soi”
  • la mise en place d’une pièce de théâtre sur cette même thématique

J’ai donc proposé la banalisation d’une semaine pour travailler la confiance en soi en classe, que ce soit au travers d’albums ou d’autres activités en classe. Une maman a constitué une bibliographie autour du thème.

Par ailleurs, nous avons contacté une personne écrivant des pièces de théâtre avec les élèves. Le coût de l’écriture et de la mise en scène était cependant trop élevé. Mais cela ne nous a pas arrêtés pour autant.

 

Bâtisseurs de Possibles – école nouvelle Emilie Brandt ©Morgan Ansellem

 

Nous avons trouvé une pièce de théâtre déjà écrite, où seul le travail de mise en scène était nécessaire. Cela a suscité un élan collectif absolument incroyable. Avec un petit groupe de parents au départ, nous avons déterminé les différents chantiers à se répartir et les deadlines à respecter : décors, costumes, accessoires, personnages à créer et la mise en scène.

Chaque parent s’est donc saisi d’un chantier, embarquant avec eux d’autres parents. Cinq ou six parents ont réalisé les décors, quatre mamans couturières ont fait des costumes incroyables !

En parallèle, j’ai distribué les différents rôles et répliques associées aux élèves dans la classe. Les parents ont tous eu un petit message pour que chaque enfant apprenne ses répliques à la maison.

Un papa qui fait du théâtre est venu pour les répétitions et a donné des astuces aux élèves sur la manière de poser leur voix pour se faire entendre, ou encore comment regarder le public, etc. Il leur a donné les outils pour réussir une pièce de théâtre. Nous avons même trouvé un photographe professionnel pour la représentation, l’oncle d’un élève.

 

 

Bâtisseurs de Possibles – école nouvelle Emilie Brandt ©Morgan Ansellem

 

Et quel a été le résultat ?

On a vécu un mardi soir, au mois de juin, avec une salle remplie avec près de 60 personnes. Tout le monde est venu accompagné, avec les cousins, les grands-parents, les frères et sœurs !

Pour les parents qui se sont investis, en tout cas, cela a été une satisfaction et une réussite absolument incroyable, avec un impact sur le collectif et une mobilisation sans précédent.

C’est un souvenir important pour les enfants. Tout le monde a fait sa part dans le projet : chaque famille a pu accompagner son enfant pour apprendre le texte à la maison.

Le jour du spectacle, les parents sont venus installer la scène, et ont répété avec les enfants. C’est un changement total de posture, ce sont davantage les parents, que moi l’enseignante, qui ont réalisé le projet.

Et moi, j’en ai profité aussi. J’ai profité de cette belle énergie, de cet engouement positif et de la joie de voir tout le monde rassemblé en fin d’année pour une si belle célébration !

 

Bâtisseurs de Possibles – école nouvelle Emilie Brandt ©Morgan Ansellem

 

 

Quels impacts as-tu pu constater par rapport au bien-être des élèves, des parents, et pour toi ?

 

Le groupe classe de l’année dernière regroupait plusieurs enfants avec un profil atypique.

Réussir une pièce de théâtre, avec ces enfants et l’aide de leurs parents a été extraordinaire en termes de motivation. Il n’y en a pas un seul qui a refusé d’apprendre le texte ou qui ne le connaissait pas. Ça a été une grande mobilisation collective avec un objectif commun avec un vrai impact sur la motivation, l’organisation et l’autonomie, le fait de faire sa part et d’appartenir !

Pour le bien-être et la confiance en soi des élèves, l’objectif a été atteint. La salle était remplie, avec près de 80 personnes, et les enfants ont joué devant ce public de parents, grands-parents, frères et sœurs, oncles et tantes. Et pour la plupart d’entre eux, cela a été un défi monumental de le faire, de gérer le stress, d’écouter la guidance et les enchaînements, d’être attentif à son tour, mais ils ont réussi à l’accomplir.

 

 

Comment la méthode Bâtisseurs de Possibles aide-t-elle à cadrer les démarches de co-éducation avec les parents ?

 

Pour la première étape de la démarche, l’étape du “ Feel”, où la problématique est choisie collectivement, il y a un outil qui aide à mener une enquête, une fois le problème identifié. C’est une étape-clé avant de se lancer dans la recherche de solution, et elle est souvent très riche. Elle permet d’être à l’écoute et de bien considérer la raison pour laquelle cette problématique a été choisie collectivement, tout en gardant bien à l’esprit ce qu’elle fait ressentir à chacun.

C’est une étape qui apporte beaucoup de clarté, et qui élimine toute forme de doute. Mais il faut savoir être “ costaud”, et être en mesure d’accueillir les points de vue divergents. Personne n’est parfait et tout le monde est là pour s’améliorer.

Ensuite, quand on arrive au choix des solutions (l’étape 2 de la démarche), il faut pouvoir poser le cadre. La question qui se pose : quelle solution choisir ? On choisit les solutions qui sont engageantes pour les deux parties, avec un impact sur la problématique, qui sont réalisables, mesurables dans un temps. Et ça, on le trouve dans la démarche Bâtisseurs de Possibles. C’est-à-dire qu’avec les fiches outils la démarche permet de cadrer et de guider l’animateur et le groupe.

Puis, quand arrive l’étape 3, de la réalisation de la solution choisie, l’outil “ Qui fait quoi” permet de concrétiser le projet discuté depuis le début, en impliquant toutes les parties prenantes. Il rend le processus d’autant plus concret qu’il est aussi très engageant pour les parents.

 


Est-ce que tu as déjà rencontré des réticences de la part de certains parents d’élèves ?

 

Jusqu’ici je n’ai pas rencontré de réticences de la part des parents d’élèves. Au contraire, tous les ans, tout le monde est ravi de pouvoir avoir l’occasion de participer et d’échanger avec les autres parents. Les parents sont souvent contents de pouvoir savoir ce que les autres pensent, et de constater qu’ils partagent certaines problématiques.

 

 

Des conseils pour un enseignant qui souhaiterait se lancer dans la co-éducation avec Bâtisseurs de Possibles ?

 

Premièrement, il faut avoir un petit peu d’expérience dans la mise en place de la démarche. Mais en tant que tel, elle aide beaucoup au cadrage dans la co-éducation. En tenant bien compte des conseils existant dans la mallette, on y arrive.

Par exemple, lors de ma première année en coéducation avec les parents, les outils de la démarche m’ont beaucoup aidée pour trier et choisir parmi les solutions proposées par les parents. La méthode Bâtisseurs permet vraiment de choisir des solutions pertinentes, avec un réel impact, qui sont engageantes pour les deux parties.

Deuxièmement, quand on démarre dans la co-éducation il est toujours mieux de s’entourer ! C’est bien d’être à deux enseignants pour commencer, pour permettre à l’enseignant d’être à la fois dans l’animation mais aussi dans la co-construction. Il faut que la voix des parents et de l’enseignant puisse ressortir de cette démarche. Le rôle de l’enseignant ne doit pas se limiter à celui de l’animateur.

Moi quand j’ai commencé, nous étions deux, voire trois enseignants. J’avais des collègues avec moi qui avaient une bonne capacité de synthèse, et qui parvenaient à recueillir et regrouper les idées, ce qui me laissait le temps de me concentrer, et de travailler sur le contenu de l’atelier.

Une chose aussi importante pour ceux qui souhaitent se lancer : ne pas avoir peur. C’est vrai que cela peut être effrayant d’approcher les parents de cette manière. Il faut se lancer et bien s’appuyer sur la démarche pour cadrer les choses. S’ouvrir vers les parents,vers les familles est en fait très positif et a un impact sur le long terme dans les relations.

 

Un dernier mot ?

 

Lancez-vous, c’est génial. Moi, cela m’a apporté beaucoup de sérénité dans les rapports avec les familles. N’hésitez pas aussi à vous faire aider, et à ne pas vous lancer seuls !

 

 


Vous souhaitez vous aussi vous engager dans une démarche pédagogique innovante ? Vous souhaitez travailler les compétences psychosociales de vos élèves et favoriser leur motivation dans les apprentissages ? Alors n’hésitez plus et inscrivez vous à l’appel à projet Bâtisseurs de Possibles : https://www.learningplanetinstitute.org/fr/programmes/bdp/ 

 

Photos : ©Morgan Amsellem

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